Le virus s’est propagé dans toutes les strates de notre société : voyages organisés pour retraités, sac-à-dos et itinéraire improvisé pour les étudiants, projets solidaires pendant les congés payés, tourisme en famille, voyage initiatique de réorientation pour la crise de la quarantaine…

La question se pose : que vont-ils donc tous chercher si loin de chez eux ?

Je ne peux apporter de réponse universelle au débat, seulement ma propre expérience. Le voyage, comme pour beaucoup, m’a longtemps fait rêver. Aussi quand l’opportunité s’est présentée au cours de mes études, par trois fois je l’ai saisie et me voilà, un de plus, à sillonner les airs d’un continent à l’autre, à poser mes yeux sur des territoires lointains et à découvrir, autant que possible, d’autres façons de vivre et de voir le monde.

Juste après mon master, c’est porté par le même enthousiasme candide et assuré que je repartais pour un tour du monde à la rencontre de communautés indigènes, où le lien avec la Terre est encore solide, où les connaissances ancestrales sur l’environnement sont encore vives, et où l’on cherche à ne pas se faire emporter par la puissante vague capitaliste qui assaille et uniformise les terres, les langues, les traditions et les salles de bain.

Taranaki, Nouvelle Zélande.

Le voyage, un pont entre les cultures.

Les deux voies de l’écologie

De mes expériences et lectures croisées, j’ai tiré la conclusion que la grande prise de conscience concernant l’impact de notre espèce sur la planète se caractérise par deux visions diamétralement opposées de la voie à suivre pour l’améliorer ou le réduire : l’une mise sur la science et la technologie, l’autre sur la connaissance de soi et le lien à la nature.

  1. « La technologie peut nous sauver ! »

Nous sommes plus de 7 milliards d’humains sur Terre, avec de moins en moins de conflits, de maladies et de famines, et de plus en plus de connaissance accumulée, d’innovations et de facilité à se partager tout ça. Notre empreinte écologique peut être réduite voire compensée par le génie de nos cerveaux, reliés entre eux par les moyens de communication actuels.

Les débats autour du rapport Brundtland (intitulé Notre avenir à tous), publié par la Commission mondiale sur l’environnement et le développement en 1987, ont montré qu’aux Nations Unies, une partie de nos représentants décide de faire confiance à l’esprit humain et que le déficit naturel creusé par les générations actuelles sera compensé plus tard par l’apport technologique et la créativité des humains, mis en commun par la mondialisation.

C’est l’exemple tant de fois nommé de San Francisco, où l’on a construit des process et des machines à la pointe pour recycler les déchets.

Collecte des déchets à San Francisco

Gardez votre mode de vie : Recology collecte et trie !

Cette voie a ceci d’arrangeant qu’il n’est pas besoin de changer drastiquement de mode de vie ou de modèle sociétal, ni d’abandonner le confort déjà acquis dans les pays économiquement développés ; continuons d’investir dans la recherche et nous trouverons bien une solution innovante pour compenser le déficit naturel laissé aux générations suivantes.

Elle a cela de dérangeant qu’elle se base sur une exploitation de ressources comme les terres rares extraites dans des régions continuellement en conflit du fait, justement, de leur valeur pour le reste du monde et qui ne sont pas aussi infinies que la croissance nécessaire à ce modèle. Elle ne remet par ailleurs pas du tout en question le mode actuel de consommation de ces ressources et s’applique plutôt à mieux les recycler, mieux les réinvestir sur le marché pour créer encore plus de valeur.

  1. « Il faut évoluer vers un mode de vie sobre et sain »

L’Univers est en chacun de nous (physiquement, c’est vrai : pensez au Big Bang !). Plus l’on apprend à se connaître, plus nous serons sensibles à notre environnement et nous chercherons d’une part à nous y reconnecter, d’autre part à le protéger.

Cette seconde voie écologique prône davantage un retour aux sources de notre Nature humaine, en laissant de côté tout le faste et le superflu dont le modèle capitaliste nous a convaincu de l’utilité, et de développer un mode de vie proche de ce que notre environnement direct peut nous fournir, en partant du principe que ce qui pousse à côté de chez nous est plus adapté à nos besoins naturels que des aliments exotiques.

C’est l’exemple commun bien sûr de ces nombreuses communautés indigènes où l’on décide de préserver la connaissance ultra-spécifique de la faune et de la flore locales pour se nourrir, se soigner, construire ses habitations, se défendre, apprendre, s’amuser…

Les plus : chacun est capable de cette révolution intérieure ; elle ne demande pas d’extraction minière, elle s’accompagne souvent d’une profonde découverte de sens et de la simplicité du bonheur véritable.

Les moins : cette voie est souvent vue comme un retour en arrière, « à la grotte et à la bougie », et demande de remettre en question l’utilité d’acquérir le dernier modèle de smartphone.

Plus local tu meurs.

Ruka, cabane traditionnelle mapuche au Chili : on ne peut plus local !

Les biais du voyage moderne

De la Mongolie je n’ai rien vu, sinon la pollution du centre de la capitale et la pureté du ciel au creux d’une vallée de l’Arkhangaï, aux pieds des monts de l’Altaï. Il en va de même pour les nombreux pays que j’ai eu la chance de traverser : du Chili je ne connais qu’une cabane de Mapuche en haut d’une colline et le lac en contrebas, de l’Alaska qu’un village au bord du fleuve Yukon, etc.

Je n’ai fait aucun pays : quand je débarquais, tout était déjà fait ! Je reprends souvent ces voyageurs du moderne qui font des villes et des pays, comme s’ils les cochaient sur une liste et que ça ne valait plus jamais la peine d’y revenir.

Humbles fourmis sur cette vaste planète de cultures et de paysages, nous ne pouvons que traverser, interroger, visiter, découvrir un endroit donné, pendant une infime parcelle du temps et de ce que vivent les gens sur place ; il est bien illusoire de croire que ce qu’on entend d’untel à tel endroit vaut pour toute sa vie, tout son peuple, tout son pays.

La seule chose qui se fait en voyage, c’est le voyageur.

Et à quel prix ! L’expérience individuelle vaut-elle la combustion de tout ce kérosène ? L’industrie du voyage, aussi sensé qu’il puisse être dans la tête des voyageurs, paradoxalement, détruit peu à peu le monde que l’on veut tant découvrir.

L’importance du partage d’expérience

Ma conscience écologique avant de partir étant quasi inexistante, je ne découvrais qu’au retour le montant de la facture carbone à compenser.

Au fil des conférences que l’association On The Green Road m’a permis de présenter pour parler de l’écologie chez les peuples du monde, je comprenais qu’une forme de compensation de mon voyage était dans le partage de ce qu’il m’avait apporté.

Je suis heureux aujourd’hui d’échanger avec des lycéens, des étudiants, des citoyennes et citoyens sceptiques, engagés ou militants, des salariés de grands groupes en quête de sens ou des proches qui se questionnent… autour de ces sujets qui me sont chers : apprenons à mieux nous connaître, à mieux vivre ensemble en s’ouvrant à l’autre et à mieux prendre conscience de la place que nous prenons dans le monde.

Car le seul véritable voyage est celui qui nous fait changer de regard – ça commence donc en bas de chez soi.

L’AUTEUR : depuis son étude interculturelle sur l’écologie dans des communautés indigènes de tous les continents, Martin trouve du sens dans son travail en aidant d’autres voyageurs à témoigner de leurs expériences auprès de publics variés, en tant que responsable événementiel de l’association On The Green Road.

Lien vers le blog Terre de Cultures : raranga.net

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